Baci lao

Nouage du bracelet de coton
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Ndeup / Sénégal issawa Maroc Des djinns et des hommes
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grille.gif (47 octets)Au Laos, pays du million d'éléphants et du parasol blanc, le baci est l'une des fêtes (boun) les plus populaires. Communément appelé sou khouan, le baci est une cérémonie du rappel des âmes dont le sens ne peut être approché hors du système de représentations collectives de la culture lao. Il faut rappeler que la société laotienne est extrêmement composite. Le groupe Thaï auquel appartiennent les Lao Loum (ou Lao des plaines) représente environ 55% de la population.

grille.gif (47 octets)Cette cérémonie est organisée autour d'évènements particuliers comme le Nouvel An ou le mariage mais aussi pour un enfant qui vient de naître, pour un malade qui vient de guérir, pour la visite d'un dignitaire, pour un voyage à entreprendre etc. D'une certaine manière le baci exprime ou crée les conditions favorables pour des souhaits de santé, de bonheur, de prospérité.

"Le jour faste est choisi, et l'heure. La maison a confectionné un phakouan.[1] C'est un plateau surmonté de coupes ô et de khan (plateaux plus petits) sur lesquels sont piqués des cornets de feuilles de bananier remplis de fleurs. Au sommet, comme un panache de joie, un cornet plus grand dresse sa chevelure de fleurs des champs, fièrement enfilées sur de petites tiges en bois.
En outre, le phakouan contient alcool, oeufs, gâteaux, riz, argent, cierges et fils de coton.
Alors les parents arrivent, apportant qui des phakouan semblables ou plus petits, qui de simples coupes, remplis de riz et de fleurs..."
Thao Nhouy Abhay [2]

grille.gif (47 octets)L'officiant s'adresse ensuite aux divinités puis à l'âme et exprime enfin les souhaits. Il le fait face à la personne à honorer. Quelqu'un vient attacher à son poignet une cordelette de coton et lui-même répète le rite sur le poignet de la personne pour laquelle on a fait le soukhouan. Cette cordelette doit être portée le plus longtemps possible.

grille.gif (47 octets)Cette cérémonie, Georges Condominas [3] la rattache au culte des Phi et plus généralement encore à tout un système de représentations recomposé par le bouddhisme. Pour comprendre le baci et plus précisément l'appel aux âmes, il est nécessaire de savoir que dans la pensée lao le corps est composé de trente-deux parties possédant chacune une âme [4]. Ces âmes ont une propension naturelle à s'échapper, à quitter leurs "habitacles". Ces échappées, voire ces pertes d'âmes ou vols, sont à l'origine de certaines maladies et plus généralement d'infortunes. Le chamanisme se comprend d'ailleurs dans le cadre d'une telle conception.
grille.gif (47 octets)L'appel d'âme que fait l'officiant dans le baci ou soukhouan vise à cette intégration. Ainsi sont rappelées l'âme de la tête qui peut être au ciel Akalita, l'âme des jambes etc.

"Venez ô âme, venez par le sentier qu'on vient d'ouvrir, par la piste qu'on vient de balayer ;
Revenez chez vous ;
Passez à gué si vous avez de l'eau jusqu'à la poitrine ;
Passez à la nage si le fleuve est plein ;
Quand vous arrivez au raï, ne vous cachez pas dans les paillotes ;
Quand vous arrivez à la souche d'arbre, ne vous reposez pas en y posant la tête;
N'ayez pas peur quand vous approchez ;
N'ayez peur ni des génies, ni des fantômes.
Venez ô âme : si vous avez mangé avec les Phi, il faut rendre ;
Si vous avez chiqué avec les Phi, il faut cracher ;
Il vous faut revenir le ventre vide, revenir manger le riz avec votre oncle, revenir manger le poisson avec votre aïeul."

grille.gif (47 octets)Après l'appel aux âmes viennent les formulations de souhaits et comme nous l'avons déjà noté l'attachement de la cordelette qui, en "fermant", permet de contenir les âmes vagabondes. Le baci se termine généralement par un ngan, fête, veillée ou cour d'amour.

grille.gif (47 octets)Le baci, et surtout les représentations culturelles sur lesquelles il est fondé, illustrent des conceptions étiologiques et thérapeutiques présentant des décalages manifestes d'avec nos conceptions médicales et psychologiques occidentales.

grille.gif (47 octets)Il y a d'abord la question de la définition même de la notion de maladie. Les "troubles" que nous classons dans la catégorie Maladie peuvent être classés dans d'autres aires culturelles dans une sorte de catégorie Infortune. Il serait naïf et inconséquent de rejeter ce décalage dans le rayon des conceptions archaïques en prétextant que notre nosographie possède une validité scientifique. Par quelle logique plaçons-nous la varicelle et l'hystérie dans le même ensemble ? Sommes-nous certains que notre DSM (et upgrade) ait été conçu sans empreinte culturelle ? Epistémologiquement, la statistique n'est pas un savoir mais seulement un outil mathématique. L'analyse la plus approfondie des composants d'un téléviseur n'expliquera en rien la nature d'un film qui y est projeté. Le mythe d' Œdipe nous décrit-il un malade ?

grille.gif (47 octets)Il y a ensuite la question du modèle étiologique. Le baci montre la prépondérance d'une structure soustractive (la perte de quelque chose) alors que la plupart de "nos maladies" sont comprises dans une structure additive. Un virus ou le complexe d'Œdipe sont en moi, en surplus. Aucun modèle n'est "pur" bien entendu : nous connaissons aussi des maladies par carence, par pertes diverses et les laotiens répertorient aussi des maladies par addition. Il n'empêche que les modèles étiologiques et surtout thérapeutiques peuvent être en opposition dans l'esprit des patients migrants, surtout si les soins prodigués le sont sans considérer la personne et ses étayages culturels.



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Références et Notes
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* Plateau ou repas de l'âme. - retour

Thao Nhouy ABHAY, Le baci, dans France-Asie, n° 118-119-120, Tome XII, 1956 - les extraits cités plus bas proviennent aussi de cet article. -  retour

Condominas (G), L'espace social - A propos de l'Asie du Sud-Est, Paris, Flammarion, 1980 - retour

Il est difficile de traduire Phi comme d'ailleurs Neak ta au Cambodge. Il nous paraît préférable d'essayer d'appréhender phénoménologiquement un ensemble composé d'acceptions diverses telles que génie tutélaire, âme des défunts, esprit malfaisant, génie de la nature etc. Pour en savoir plus consultez le site Laos contact réalisé par Jérôme Rouer.
A partir des travaux de Deydier Henri, Introduction à la connaissance du Laos, Saigon, Imprimerie Française d'Outre-mer, 1952, il est possible de proposer la classification suivante des phi :

errants : des maisons des parents de village des morts anormales
Phi Pho Phi Heuan Phi Mè   Phi Phetu
sans tête portent les cercueils qui possède    
Phi Houa Kout Phi Kong Long Phi Pop Phi Phong Phi Kong Koi

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Comme pour la note précédente la traduction est problématique. Nous appréhendons nécessairement le concept d'âme à travers les représentations de notre propre culture. Les "âmes" dont il s'agit ici ont parfois été traduites par "principes", "esprits". Il me semble que l'obstacle principal à notre compréhension occidentale vient du fait que "notre âme" est représentée comme unique. Que l'on y croit ou pas n'a aucune importance sur le plan de la représentation. Notons que le même problème se pose en chinois avec la notion de hún ou en vietnamien avec celles de hồn, de phách ou vía. - retour


26/12/03grille.gif (47 octets)©  - Fermi Patrick - Juillet 1999.